Le départ du GR10 depuis Hendaye n’a rien d’un simple échauffement côtier : on quitte l’océan presque au niveau de la mer, puis le relief basque impose vite un vrai changement de rythme. Dans cet article, je détaille les premières étapes, le bon découpage jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port et les réglages concrets pour partir sans surestimer le terrain. L’idée est simple : vous aider à choisir un rythme réaliste, pas seulement une ligne sur la carte.
Ce qu’il faut garder en tête avant de partir d’Hendaye
- Le premier tronçon basque est court sur la carte, mais déjà soutenu en dénivelé.
- Selon le découpage retenu, le départ peut aller jusqu’à Olhette ou jusqu’au col d’Ibardin.
- La portion Hendaye-Saint-Jean-Pied-de-Port se marche souvent en 6 jours, parfois davantage pour garder du confort.
- Les villages basques facilitent l’hébergement, mais l’été demande d’anticiper les réservations.
- Sur ce secteur, le relief, la météo et le poids du sac comptent autant que les kilomètres.
Le départ d’Hendaye impose un vrai changement de rythme
Je lis ce départ comme un vrai test de réglage. À l’échelle de la traversée complète, on parle d’environ 900 km et de 45 à 60 jours de marche ; le bloc basque n’est donc qu’une entrée, mais une entrée qui fixe déjà le ton. Entre Hendaye et Saint-Jean-Pied-de-Port, on couvre un peu plus de 100 km et autour de 5 600 m de dénivelé positif si l’on additionne un découpage classique en 7 journées. Ce n’est pas énorme pour une traversée alpine, mais c’est déjà suffisamment sérieux pour fatiguer des jambes mal préparées.
Le premier jour est d’ailleurs le meilleur exemple de cette double lecture : certaines fiches le donnent autour de 6 à 7 heures avec environ 900 m de D+, d’autres l’étirent davantage avec plus de 1 000 m de montée selon le tracé retenu. Autrement dit, le GR10 ne commence pas par vous rassurer. Il vous demande immédiatement de trouver votre cadence, de gérer votre sac et de rester lucide sur la suite. C’est précisément pour cela qu’un découpage clair des premières journées change tout.
C’est ce premier mur, plus que la distance brute, qui justifie de regarder l’itinéraire étape par étape.

Jour par jour, la première traversée basque
Le découpage varie légèrement selon les guides, mais l’enchaînement ci-dessous donne un repère solide pour préparer la marche sans sur- ou sous-estimer les journées. Je le lis comme un itinéraire de référence, pas comme un chrono imposé.
| Jour | Tronçon | Temps moyen | Distance | D+ approx. | Niveau | Ce que j’en retiens |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Hendaye → Olhette | 6 h 40 | 22,6 km | +1 204 m | Difficile | Le vrai coup d’envoi, déjà exigeant. |
| 2 | Olhette → Sare | 3 h 05 | 9,1 km | +552 m | Intermédiaire | Une journée plus courte, mais pas plate pour autant. |
| 3 | Sare → Aïnhoa | 2 h 45 | 11,4 km | +232 m | Facile | Bonne étape de respiration avant de repartir vers les crêtes. |
| 4 | Aïnhoa → Col des Veaux | 3 h 15 | 11,5 km | +805 m | Intermédiaire | Le relief remonte franchement, sans brutalité. |
| 5 | Col des Veaux → Bidarray | 3 h 30 | 9,8 km | +396 m | Difficile | Court sur le papier, nerveux sur le terrain. |
| 6 | Bidarray → Saint-Étienne-de-Baïgorry | 8 h 20 | 17,6 km | +1 448 m | Difficile | La journée qui use vraiment les jambes. |
| 7 | Saint-Étienne-de-Baïgorry → Saint-Jean-Pied-de-Port | 6 h 25 | 18,6 km | +980 m | Difficile | Dernier effort avant l’arrivée dans la ville étape. |
Ce tableau montre bien la logique du départ : la difficulté ne vient pas d’une seule montée spectaculaire, mais de l’enchaînement. Les journées courtes servent souvent à récupérer, mais elles ne pardonnent pas un sac trop lourd ou une météo humide. Je préfère donc raisonner en énergie disponible qu’en simple kilométrage.
Une fois ce découpage posé, le vrai sujet devient le rythme que vous voulez tenir.
Comment choisir un découpage qui tient sur la durée
Le bon format dépend surtout de votre niveau de montagne et du temps que vous voulez garder pour profiter des villages. Si vous êtes déjà habitué aux randonnées avec dénivelé, la version en 6 jours fonctionne bien ; en dessous, on commence à rallonger artificiellement certaines journées sans vrai gain de confort. Si vous randonnez plus tranquillement, je conseillerais plutôt 7 jours, voire 8 si vous voulez garder des étapes courtes autour de Sare, Aïnhoa ou Bidarray.
- 6 jours si vous aimez marcher longtemps et enchaîner des étapes soutenues sans trop traîner, avec une moyenne d’environ 17 km par jour.
- 7 à 8 jours si vous voulez limiter la casse sur les genoux et garder du temps pour les pauses, les villages et la récupération, plutôt autour de 12 à 15 km par jour.
- Découpage très court si vous testez le GR10 sur un long week-end : Hendaye, Olhette ou Ibardin, Sare puis Aïnhoa donnent déjà une bonne idée du relief basque.
Je déconseille surtout une erreur classique : vouloir gagner du temps sur le premier jour. Sur ce secteur, ajouter du kilométrage au départ ne rend pas le trek plus fluide, il le rend seulement plus coûteux pour les jambes. Une fois ce rythme choisi, le vrai sujet devient la préparation terrain.
Préparer ce départ comme une vraie moyenne montagne
Le Pays basque ne présente pas des difficultés techniques majeures au sens alpin, mais il impose des détails qui comptent énormément. Les montées sont franches, les descentes peuvent être glissantes après la pluie, et les chemins pastoraux demandent de rester attentif aux clôtures et au bétail. J’y vais avec des chaussures déjà faites, des bâtons, une couche coupe-vent et assez d’eau pour tenir entre deux points de ravitaillement ; sur une journée chaude, je pars volontiers avec 2 à 3 litres selon l’exposition.
- Chaussures rodées pour éviter de découvrir les ampoules sur la première montée sérieuse.
- Réserves d’eau à anticiper dès le départ, même si les villages sont nombreux sur le tronçon basque.
- Topoguide ou trace fiable pour ne pas perdre de temps aux intersections et aux passages de crêtes.
- Balisage blanc-rouge à suivre, mais sans relâcher l’attention dans les zones de pâturage et aux bifurcations.
- Hébergement réservé tôt si vous partez en été, sur un week-end ou pendant une période de forte fréquentation.
- Base de départ utile si vous voyagez en camping ou en vanlife : Hendaye et ses environs permettent une nuit de réglage avant de marcher.
Cette préparation n’enlève rien au charme du départ ; elle évite simplement de transformer un beau début d’itinérance en journée d’improvisation permanente. Avec ces bases, le départ d’Hendaye gagne en confort sans perdre en caractère.
Les trois premiers jours méritent plus de prudence que d’enthousiasme
Si je devais donner une seule consigne, ce serait celle-ci : partez tôt, allégés, et acceptez de dormir plus court que prévu plutôt que de forcer un gros volume dès le départ. Sur ce tronçon, le meilleur choix n’est pas l’étape la plus longue, mais celle qui vous laisse encore de l’appétit pour la suite.
- Fixez votre rythme avant de fixer votre fierté.
- Gardez une marge météo, surtout si les crêtes sont humides ou ventées.
- Prévoyez un arrêt réaliste à Sare, Aïnhoa, Bidarray ou Saint-Étienne-de-Baïgorry selon votre forme.
C’est ce départ bien dosé qui donne ensuite tout son sens à la traversée des Pyrénées : on avance plus vite quand on ne s’est pas épuisé à vouloir aller vite.
